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mobilisation des participants sont discutés en soulignant la spécificité des
compétences d'animation. Parmi les contraintes rencontrées, des exemples
concernent la participation des élus et les difficultés de mobilisation des
agriculteurs. Le co-pilotage des dispositifs est ainsi présenté comme une façon
de renforcer la légitimité de ces derniers, même si la confrontation de cultures de
travail différentes nécessite des apprentissages de manière à créer une doctrine de
travail partagée. Les avantages et inconvénients de l'externalisation de ces tâches
à des consultants sont discutés, tandis qu'on observe en général un faible recours
à des techniques innovantes. Certaines, comme « les jurys de citoyens », encore
peu habituels, sont explicitées en détail. Un autre volet de l'accompagnement
concerne l'appui aux apprentissages et la mise en oeuvre de formations en direction
des techniciens ou des citoyens, dont il convient de démythifier « l'inculture »
supposée. Le caractère procédural de la gouvernance ­ laquelle se construit
pas à pas ­ confère en effet un rôle central aux apprentissages et aux processus
d'accompagnement dont diverses définitions et exemples sont proposés. Il s'agit
de construire des référentiels et un langage commun, en prenant garde aux
effets normatifs. Les modes d'apprentissage doivent évoluer vers des processus
permettant d'apprendre ensemble et autrement, en mobilisant des compétences
nouvelles, telles l'écoute et la traduction des savoirs et des référentiels. Enfin
le rôle de l'information et de la communication en appui à la gouvernance est
appréhendé, en soulignant les fonctions multiples de ces outils à la fois analytiques,
créatifs, cognitifs, relationnels, décisionnels et opérationnels. Il est ainsi montré
comment les systèmes d'information permettent non seulement de capitaliser
et mutualiser des ressources informationnelles, mais de structurer aussi l'action
collective.
Le troisième chapitre est consacré au pilotage et à la coordination. L'objectif
est de faire travailler ensemble des organisations sectorisées, d'identifier des
synergies, des opportunités et modalités de mutualisation. Renforcer le pilotage
ne doit pas rigidifier les objectifs, notamment en situation de complexité et
d'incertitude. Il s'agit de mettre en oeuvre une logique dite « dispositive »,
qui privilégie des approches adaptives. De telles pratiques contribuent à
l'intégration des politiques sectorielles sur un territoire en dépassant les clivages
pour mutualiser les moyens au bénéfice des usagers et en recherchant des
économies de budget. Ce décloisonnement implique des mises en réseau et une
contractualisation entre services ou collectivités, y compris à différentes échelles.
Au-delà des concurrences de leadership, c'est la solidarité des territoires qui est
interrogée, impulsant des recompositions institutionnelles, avec notamment un
rôle de pilotage fort de l'État. Le processus de prise de décision devient alors plus
transparent, s'appuyant sur des tableaux de bords et des approches multicritères
favorisant l'opérationnalité et l'usage des indicateurs produits. Enfin certains outils
techniques et informationnels permettent de faciliter le partage de l'information,
le travail de groupe et la standardisation des pratiques à travers des guides.
Le quatrième chapitre traite de l'évaluation des dispositifs de gouvernance. Il y est
notamment souligné que si les évaluations des projets de territoires contribuent
à renforcer la gouvernance (évaluation pour la gouvernance), il existe encore peu
d'évaluations spécifiques (évaluation de la gouvernance). Ces dernières doivent
pourtant permettre d'appréhender à la fois les gains d'efficacité, mais aussi les
surplus sociétaux liés aux impacts sur les réseaux sociaux, aux capacités des
acteurs, à la solidarité et au bien-vivre ensemble dans une logique de renforcement
de la démocratie locale. Il s'agit de promouvoir une culture de l'évaluation, propice
au pilotage et à l'amélioration continue, mais aussi d'élargir et d'adapter les
méthodologies. C'est là le gage d'une meilleure territorialisation de l'évaluation
et d'une prise en compte de la complexité liée au caractère intégré et participatif
de la gouvernance. Une revue des travaux permet d'offrir une typologie des effets
en fonction de leur nature et des bénéficiaires. Cependant ce type d'évaluation
rencontre des difficultés liées au caractère qualitatif et souvent subjectif des
effets, mais aussi à la durée d'observation : celle-ci doit en effet être suffisamment
longue pour appréhender certains apprentissages ou certaines recompositions
des réseaux sociaux. Enfin l'apport des approches participatives de l'évaluation à
la gouvernance territoriale est souligné.
Le cinquième chapitre aborde l'institutionnalisation des pratiques innovantes de
gouvernance. Il s'interroge à la fois sur ses modalités mais aussi sur son intérêt;
l'institutionnalisation pouvant aussi avoir des effets pervers. Divers outils, tels des
guides, permettent de capitaliser des expériences et de rationaliser les pratiques,
tandis que des accords-cadres offrent la possibilité de stabiliser les efforts de
coordination dans le temps, à condition d'introduire des clauses de révision pour
ne pas perdre en flexibilité. Il est rappelé que renforcer l'apprentissage conduit
souvent, de fait, à fidéliser les participants, et par là-même, contribue aussi bien à
l'émergence d'une élite de la participation qu'à des effets de lassitude. Enfin il est
noté que les innovations organisationnelles et institutionnelles qui s'effectuent
pas à pas, selon une démarche procédurale, ont besoin de durée pour s'exprimer.
Or elles ne sont pas toujours synchrones avec les périodisations imposées par les
procédures, lesquelles buttent souvent sur la disponibilité de budgets à l'issue
des phases expérimentales.
L
a troisième partie présente des illustrations détaillées de dispositifs de
gouvernance et d'outils d'évaluation et d'information en appui à la
gouvernance. L'exemple des États-Unis nous projette d'abord dans un contexte
social très différent, notamment concernant l'implication individuelle des citoyens.
Divers exemples de pratiques et de dispositifs sont proposés, relatifs aux modalités
de choix des projets, au rôle des processus de lobbying, à l'implication du secteur
privé... Ces exemples, bien que très spécifiques à l'environnement américain,
peuvent s'avérer éclairants pour les évolutions de la gouvernance territoriale vers
des dispositifs publics/privés. Dans le deuxième chapitre, l'étude de la diversité