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Chapitre 6. Illustration du rôle de l'information :
l'artificialisation des terres agricoles en Languedoc-
Roussillon
6.1. Les enjeux de l'artificialisation des terres agricoles
Le développement de l'habitat et des infrastructures - de transport comme
touristiques - se traduit dans les zones rurales par un processus de périurbanisation
aux dépens des terres agricoles. Les logiques locales et l'intérêt des propriétaires
fonciers conduisent en effet systématiquement à prélever des terres agricoles.
Or cette dynamique de consommation de terres agricoles, jugée marginale à
l'échelle locale, devient préoccupante dans la durée à l'échelle régionale et a
fortiori nationale. Cette disparition de terres - notamment celles de bonne qualité -
paraît irréversible et dégrade de fait, pour un intérêt économique immédiat sans
réflexion sur l'utilité collective à moyen et long terme, un « patrimoine agricole »
qui pourrait avoir un rôle stratégique, compte tenu de la croissance internationale
des besoins alimentaires et de la place des circuits courts, ainsi que des enjeux
environnementaux, paysagers et liés aux risques naturels. Cette périurbanisation
est particulièrement marquée en Languedoc-Roussillon où l'habitat résidentiel se
développe rapidement, porté par la forte croissance démographique et la crise
viticole qu'enregistre la région. De façon à anticiper et réguler ce phénomène,
la DRAAF LR a commandé en 2008 une étude au Cemagref (UMR TETIS) et à
l'INRA (UMR LISAH) pour disposer d'éléments d'objectivation de l'artificialisation
des terres sur l'ensemble du Languedoc-Roussillon. La démarche et les méthodes
devaient être génériques de façon à pouvoir être extrapolables à la France entière.
6.2. Objectivation et quantification : une série de
compromis techniques
Les équipes de recherche ont développé des méthodes quantitatives pour
cartographier le potentiel agronomique des sols et les dynamiques de
l'étalement urbain. Sans vouloir rendre compte dans le détail des protocoles
méthodologiques¹, il est nécessaire de préciser la démarche de façon à faciliter
la compréhension du rôle de la quantification et de la cartographie pour tenter
d'objectiver un phénomène en prenant en compte des indicateurs facilement
appropriables et utilisables par les acteurs. Plusieurs étapes ont été nécessaires
pour structurer et rendre ces connaissances « actionnables » par les acteurs, au
sens où elles devaient être suffisamment adaptées pour être partagées et faciliter
les décisions collectives.
Il s'agissait en premier lieu de construire un Indice spatialisé de Qualité des Sols
(IQS) à partir de la Base de Données Sol de l'INRA, de façon à mettre en évidence
les sols les mieux adaptés à la production de cultures à vocation alimentaire. Deux
critères principaux ont été retenus : l'absence de salinité et la profondeur de réserve
utile, complétés ensuite par des critères secondaires (battance, hydromorphie,
abondance d'éléments grossiers, PH). La classification a été conduite en suivant
un arbre logique permettant de définir le score de l'Indice spatialisé de Qualité
des Sols comme la combinaison d'un indice n, variant de 1 à 3, de profondeur
utile et d'un indice p de contraintes secondaires, variant de 1 à 4 (Balestrat et
al., 2008). Ainsi les sols sont d'autant plus défavorables à accueillir des grandes
cultures que n et p sont élevés. Les informations sont ensuite agrégées afin d'être
représentées spatialement à l'échelle des unités de référence disponibles dans la
base de données (1/ 250 000).
Pour simplifier la représentation de cette information, dont l'interprétation
demande une certaine expertise en pédologie et en agronomie, la classification
a été ramenée en sept Classes de Potentiel Agronomique des Sols (CPAS) en
privilégiant le critère de la réserve utile. Ces classifications ont permis de construire
des cartes de potentiel agronomique des sols. Compte tenu de leur échelle de
validité (1/250 000), ces cartes sont pertinentes pour déterminer des options
d'aménagement sur des territoires type périmètres de SCot par exemple. La
disponibilité de ce type d'information à cette échelle est stratégique pour orienter
les décisions de planification territoriale et les documents cadres d'urbanisation
et d'aménagement des territoires.
Parallèlement, des travaux ont porté sur l'élaboration d'une méthodologie de
quantification et de localisation des espaces consommés par l'artificialisation. Des
cartes d'évolution de la tache artificialisée représentant l'emprise des espaces
artificialisés, ont été produites pour les années 1997 et 2009. Elles sont obtenues à
partir d'images satellitaires traitées pour obtenir une représentation simplifiée de
l'espace en deux classes : « zones artificialisées », pour les zones irréversiblement
perdues pour l'agriculture (tissu urbain, zones commerciales et industrielles,
chantiers, carrières, routes, voies ferrées...) et « zones non artificialisées » pour
les autres (Balestrat et al., 2011).
Les deux couches d'information sont ensuite combinées entre elles et/ou avec
des informations socio-économiques pour produire des indicateurs spatiaux
synthétiques rendant compte des dynamiques d'artificialisation. La figure 5
présente le type de carte ainsi fourni.
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¹ Pour plus d'information on pourra se reporter à Balestrat et al. (2008).