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La place des représentations spatiales
Qui dit territoire dit acteurs, activités réparties dans le territoire, lieux identitaires
et de mémoire, espaces vécus, représentations dans l'espace numérique. La
dimension spatiale est une composante importante de l'identité individuelle
et collective. Des techniques d'enquête permettent d'accéder au contenu des
représentations mentales que des individus ou des groupes se font d'un espace
(cartes mentales).
Qui dit développement territorial dit aussi instruments de quantification pour
rendre visibles aux yeux de tous les objets à enjeux, pour asseoir l'autorité et la
légitimité des acteurs (publics, privés) habilités à intervenir sur ces objets. La réalité
est découpée en catégories, mesurée, mise en chiffres et en variables (statistiques,
indicateurs), voire en modèles, puis montrée sous forme de représentations
graphiques (tableaux, diagrammes...) et spatiales (cartes, imagerie spatiale,
maquettes, croquis...). Une fois sur support numérique, ces représentations
peuvent circuler dans l'espace numérique et s'insérer dans des dispositifs
d'information et de communication. Les représentations spatiales jouissent d'un
« effet de vérité » qui en fait de puissants vecteurs de communication et soulève
des questions d'éthique. Qu'elles soient à l'origine mentales ou disponibles sur
des supports matériels communicables, ces représentations peuvent remplir des
fonctions multiples :
Analytiques
·
: représenter et comprendre la complexité territoriale (cartes de
diagnostic, cartes modèles), suivre l'évolution et détecter des signaux faibles
(indicateurs spatialisés, images récentes de télédétection) ;
Créatives
·
: imaginer un futur commun (cartes de prospective, mise en récits
de scenarii spatialisés, schémas-concepts symbolisant ce futur) ;
Cognitives
·
: offrir des référentiels partagés pour supporter l'action collective
(cartes topographiques, ortho-photos aériennes, maquettes physiques en 3D,
...), décadrer les points de vue (cartes de nouveaux objets jusque là occultés,
images d'autres territoires...), simplifier la complexité territoriale (croquis,
modèles graphiques...), entretenir une vision partagée de l'avenir (schémas,
concepts, discours de projets de territoire) ;
Relationnelles
·
: identifier les acteurs concernés (sur des critères
géographiques), faire prendre conscience de la diversité des représentations
d'une même réalité (cartes mentales, récits de territoires vécus, jeux de rôle...),
légitimer des acteurs institutionnels (carte d'un plan d'aménagement...),
mobiliser et légitimer des acteurs locaux (cartes « à dires d'acteurs »,
surveillance participative), générer de l'interconnaissance et de la confiance
(cartographie collaborative, jeux de rôles...), mettre les « dires d'acteurs » à
l'épreuve de la réalité (ortho-photos, cartes thématiques...) ;
Décisionnelles
·
: valider le diagnostic et les enjeux, visualiser et choisir entre
différents scenarii (zonages, résultats de simulation, analyse spatialisée
multi-critères ou coûts/bénéfices), consulter et débattre (supports spatiaux
de débats), matérialiser un accord, une intention politique (cartes, schémas,
concepts...) ;
Opérationnelles
·
: spécifier les plans d'action (plans d'aménagement et
de gestion), réguler et légitimer des acteurs et des pratiques (cartes
règlementaires).
EXEMPLE : LA MAQUETTE PHYSIQUE EN 3D DU TERRITOIRE DE THAU
Une maquette en 3D au 1:25 000 a été fabriquée en projetant les courbes de niveau
sur des plaques de liège qui ont ensuite été découpées, puis superposées et collées
sur un socle en bois. Des éléments ont été ajoutés (peinture de l'occupation du sol,
fils de couleur pour représenter les réseaux, étiquettes des noms des villes et villages,
légende, titre, textes explicatifs, pièces de jeu).
Cette maquette a été utilisée dans plusieurs dispositifs d'information et de
communication, en particulier une exposition publique itinérante du diagnostic du
SCOT de Thau sur 7 communes du territoire.
Des pièces d'un jeu « votre empreinte sur le territoire » permettraient aux participants
de positionner leurs lieux d'habitation, de travail, de loisirs, d'achats, créant ainsi un
lien entre cette représentation du territoire et leurs espaces vécus. Proche de la réalité
perçue par les gens, autorisant des expériences poly-sensorielles, la maquette a
constitué aussi un « objet intermédiaire » entre l'animateur et le visiteur. Elle a permis
d'initier un dialogue autour d'un objet dont le sens était partagé, puis d'aborder des
sujets plus techniques (les transports, l'étalement urbain, la qualité de l'eau) en les
approfondissant devant des posters explicatifs qui complétaient l'exposition.