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démocratie représentative qui repose sur une double délégation de pouvoir :
celle de la décision politique transférée aux élus et celle de l'expertise, auparavant
monopolisée par les ingénieurs de l'État, de plus en plus partagée avec ceux des
collectivités territoriales et les « chercheurs-partenaires ». L'arrivée de nouveaux
acteurs modifie ces routines et élargit les cadres d'interprétation de la réalité et
les représentations qui en découlent.
EVOLUTION DES CONCEPTIONS DE L'INFORMATION
Dans la culture occidentale, la conception de l'information et de la communication est
encore largement dominée par le modèle linéaire « émetteur/récepteur » de Shannon
et Weaver (1949), conçu pourtant dans les années 1940 pour le renseignement
militaire, ou celui de Lasswell (1948) pour la communication de masse. L'information
serait le message mis en forme selon la cible, à l'aide d'un système de codage (verbal,
écrit, graphique, iconique) puis décodé par le récepteur, tandis que la communication
serait le vecteur de transfert, la « seringue hypodermique ». Transposée au
développement territorial, une telle conception assimile la communication au seul
« plan de communication » établi par les services « communication » des collectivités
territoriales à destination de cibles passives, la ramenant à un processus d'influence
et de persuasion.
Une autre approche est de considérer les individus comme des êtres réflexifs et
subjectifs, dotés de leur propre système d'interprétation de la réalité, façonné
selon leur appartenance sociale et leur expérience personnelle. L'information du
producteur n'est plus alors qu'un signe latent, en attente d'une création de sens pour
quelqu'un. De ce point de vue, l'information véritable devient alors ce qui « crée
une différence » chez un individu ou un collectif dans sa perception de la réalité, qui
ajoute ou modifie quelque chose dans son esprit en « prenant forme », en générant du
sens. Cette information nouvelle peut faire évoluer les connaissances et, en lien avec
l'activité, les compétences de l'individu ou du collectif. Information et communication
sont indissociables et sont à l'oeuvre dans n'importe quelle situation d'échange
(interpersonnelle, intra ou intergroupes sociaux, sociétale).
La conception de dispositifs d'information et de communication
Une ingénierie de la gouvernance territoriale suppose donc d'aller au-delà d'un
plan de communication, même si ce dernier reste utile, notamment vis-à-vis de
tous les absents. Parmi la multitude d'actes de communication qui se produisent
au sein des réseaux d'acteurs engagés dans un projet territorial, certains méritent
une attention particulière, un travail proactif d'ingénierie pour concevoir des
dispositifs d'information et de communication ad-hoc selon les situations
d'échanges à traiter. Il peut s'agir par exemple d'un atelier de travail en groupe
restreint, d'une réunion publique, d'un observatoire territorial, d'une commission
des maires, d'un forum citoyen, du site web du porteur du projet territorial ou
encore d'une réunion de médiation pour résoudre un conflit territorial.
Élaborer de tels dispositifs suppose pour les concepteurs de cerner la nature des
situations de communication à favoriser et des informations à faire émerger.
Les effets visés peuvent être multiples (accroître le capital de connaissances
sur le système territoire, faciliter l'expression des points de vue, aider aux
apprentissages, modifier les relations entre les acteurs et les équilibres de pouvoir,
supporter la prise de décision formelle, partager un horizon de sens, organiser et
réguler l'action sur le terrain, etc.). Il convient néanmoins de considérer que les
objectifs initiaux des concepteurs seront souvent adaptés, détournés, étendus
par les usagers de ces dispositifs.
Au-delà des effets visés, plusieurs autres paramètres peuvent être pris en compte
dans le travail de conception d'un dispositif d'information :
Les phases dans le processus de décision territoriale. L'élaboration des
·
instruments de nos politiques publiques territoriales repose sur le modèle de
décision dit de la « rationalité limitée » organisé en grandes phases, avec en
pratique des déroulements non linéaires, des retours en arrière, des moments
d'accélération ou au contraire de stagnation. Ces phases sont : l'organisation
collective autour d'un problème à traiter, la phase d'intelligence (états des
lieux, diagnostic ciblé), une éventuelle phase prospective, la phase de choix
(scenarii, comparaison, choix), l'action (plan d'action et mise en oeuvre), le
suivi/évaluation (pour rendre compte, mais aussi pour détecter les signaux
faibles et anticiper les mesures correctives).
Le niveau d'engagement des participants visé. En phase de planification,
·
trois grands niveaux d'engagement sont généralement admis : l'information,
la consultation et la participation active (voir encadré sur les niveaux de
participation). Ces niveaux d'engagement varieront selon les acteurs mobilisés
et sont partiellement imposés par la loi. Ces niveaux peuvent s'appliquer à
chacune des phases de la décision territoriale.
POINT DE VUE D'UN ANIMATEUR
SUR LA DIVERSITE DES COMPOSANTES DE LA COMMUNICATION
Outre l'apport des outils dédiés à la communication ou au dialogue visant à renforcer les
échanges et à favoriser la médiation, certaines caractéristiques, voire détails propres à
la présentation de l'animateur ou au cadre de réunion, jouent à l'évidence un rôle très
important au niveau de la mise en oeuvre des processus de participation. Ainsi, il est
contre-productif d'animer une réunion en costume-cravate avec des agriculteurs... De
même la configuration de la salle doit être adaptée pour que les personnes puissent
se voir et interagir... Il convient d'être aussi, en fonction des publics, attentif à divers
points - les modalités d'utilisation d'un ordinateur, les efforts de langage notamment
en évitant les abréviations - et il est souvent très bénéfique de prévoir un moment
convivial en fin de réunion.