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Importance des apprentissages pour l'acquisition de nouvelles
compétences
La diversité des contextes et des enjeux se traduit le plus souvent par l'absence
de procédures standardisées. La gouvernance territoriale se construit pas à
pas en s'appuyant sur une « démarche procédurale ». Par cette expression, et
suite aux travaux de Simon (1980), il faut comprendre que l'accent est ici mis
sur les procédures (et non sur les finalités) qui permettent aux acteurs, dans
des situations d'incertitude et d'information limitée, d'aboutir à une solution
satisfaisante. Les acteurs vont ainsi développer différents types d'apprentissages
qui leurs permettront non seulement de travailler ensemble (créer du sens),
mais également d'évaluer leur travail et l'évolution de leur situation (Weick,
1995). De ce fait, l'acquisition de nouvelles compétences relève d'apprentissages
contextualisés qui diffèrent des méthodes académiques en prenant plutôt la forme
d'acquisition de savoir-faire à travers des processus de formation « sur le tas » ou
des expérimentations. Au-delà des « outils » et compétences « techniques » qui
peuvent être mobilisés par la mise en oeuvre de processus de coordination et de
pilotage, la gouvernance territoriale suppose de nouvelles formes de mise en
réseau, de mutualisation, de mise en oeuvre de la participation... Ces nouvelles
pratiques supposent à leur tour des innovations organisationnelles et, par
là-même, des apprentissages organisationnels qui relèvent de mises en situation et
d'expérimentations dans lesquelles le processus d'apprentissage s'effectue selon le
principe de « l'essai-erreur ». Ces processus ne relèvent donc pas de la « formation »
au sens traditionnel, mais plutôt de la notion « d'accompagnement ».
Diverses occasions d'échanges peuvent être évoquées, tels que des voyages
d'étude, des visites de terrain, la diffusion de comptes-rendus, de dossiers de
synthèse, des forums d'échange au sein de réseaux, des assises annuelles des
territoires. Il s'agit d'échanger, de mettre en commun des expériences dans le cadre
de réseaux plus ou moins élargis et pour lesquels les nouveaux outils collaboratifs
(web collaboratif) constituent des avancées importantes (voir encadré). De
multiples outils d'échange et de collaboration (coaching en organisation) peuvent
exister, considérant que la base de ce type de processus d'apprentissage relève
de groupes de travail pour lesquels - en fonction de la complexité des enjeux et
des effectifs - des méthodes spécifiques d'animation peuvent être mobilisées. Il
est fortement conseillé de créer une communauté de pratiques pour inciter et
formaliser la structuration des échanges d'expériences. N'oublions pas non plus
que des pratiques plus traditionnelles, telles que des repas conviviaux peuvent
aussi constituer des opportunités d'échanges intéressantes. Une dimension
importante de ces apprentissages tient au besoin de savoir travailler ensemble.
In fine l'ensemble des dispositifs (lieux et techniques) qui favorisent le partage
des connaissances (échange d'instruments, portails collaboratifs, groupes de
travail...) jouent un rôle important avec deux types d'outils : des outils cognitifs
pour le diagnostic et des outils dialogiques. Les outils collaboratifs sont constitués
par tout outil (matériel ou immatériel) qui permet d'organiser l'action collective
dans une situation donnée. La plupart de ces outils étant contextuels, leur
transfert doit être réfléchi.
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Cette notion rend compte d'un processus de collaboration et de partage d'expériences au sein d'un
groupe ayant des centres d'intérêts communs. Le fonctionnement du groupe correspond à un processus
d'apprentissage social qui s'inscrit dans une perspective sociale et pragmatique de l'apprentissage
collectif.
PRESENTATION DES OUTILS WEB COLLABORATIFS
Le Web 2.0 offre des services d'information et de communication qui reposent sur la
participation des utilisateurs, leur coopération pour la production et la mutualisation
des données, le partage des connaissances, mais aussi la personnalisation des interfaces
et des contenus selon les profils d'usagers. Dans les dispositifs de gouvernance
territoriale, les outils Web étendent sans les remplacer les capacités d'interaction
en face-à-face. Les sites Web 2.0 permettent de produire, d'indexer, de stocker et
d'accéder plus facilement au patrimoine d'informations hétérogènes d'un territoire, y
compris à travers des interfaces cartographiques, contribuant ainsi au droit du citoyen
à l'information. Des sites spécialisés fournissent désormais des données publiques de
référence d'intérêt transversal pour les territoires (exemples du Géoportail, du site
SIG LR, du projet Géosud). La démocratisation d'outils pour des relevés géolocalisés
permet de valoriser les capacités d'observation et de mesure des acteurs locaux. La
co-production de documents peut se faire de manière non synchrone et à distance,
grâce à des outils de rédaction collaborative qui dépassent les simples échanges par
email. Des outils de débat en ligne commencent à émerger et aident à structurer et
à amplifier le débat démocratique tout au long du processus de décision territoriale.
Les blogs locaux, quant à eux, prolongent ce débat dans l'espace public en autorisant
l'expression de points de vue divergents, la visibilité de groupes minoritaires, la
constitution d'une opinion publique, la structuration de contre-pouvoirs nécessaires
à la vie démocratique.
Une partie de l'apprentissage peut être issue de pratiques de réflexivité, de
réunion de débriefing ou encore de brainstorming qui permettent de dépasser les
a priori et, en particulier, de favoriser la mise en place de procédures d'évaluation.
Celles-ci sont prônées par les impératifs de transparence et de responsabilisation
des nouvelles logiques de gouvernance. Il s'agit de développer une capacité de
réflexivité en mettant en place des personnes ou des procédures.
Dans le cadre d'un travail de groupe, certains produits co-construits au sein de
celui-ci acquièrent le statut « d'objets intermédiaires ». Il s'agit d'outils divers qui
favorisent le dialogue, la construction d'un langage et d'un projet communs.
En d'autres termes, ils sont le produit d'échanges et de discussions à l'occasion
desquels se construisent un langage et un sens communs, mais aussi une
situation de confiance mutuelle issue des interactions. Les propriétés de ces
objets intermédiaires ne sont pas dues à leur nature, mais au fait qu'ils sont issus