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la sous-représentation de certaines catégories d'acteurs (les jeunes, les actifs, les
femmes...), plus difficiles à attirer du fait de leur manque d'intérêt ou de temps
(voir Partie 3, chap. 3, 3.1). Le souhait d'inclure ou de faire participer activement
certaines catégories de population peu mobilisées doit donc s'accompagner de
réflexions méthodologiques préalables ainsi que d'une réflexion de fond sur les
sujets de préoccupation des citoyens. D'autres font le choix d'une sélection des
participants, ce qui suppose d'avoir préalablement identifié des profils ou des
personnes, constitué des listes ou repéré des lieux propices pour mobiliser les
acteurs. La question ne se résume pas à la recherche d'une vaine représentativité
des participants dans le but de renforcer la légitimité du dispositif. Il convient
surtout de s'attacher à rendre compte de la diversité des réseaux et des enjeux
(ou groupes d'intérêt) sur le territoire. Soulignons que l'introduction des acteurs
privés correspond à la reconnaissance des « groupes d'intérêts » dont il convient de
confronter les points de vue en toute transparence. Plutôt que de rechercher une
sorte de situation de neutralité fictive, il est préférable de s'attacher à identifier et
à faciliter l'expression de tous les intérêts. Les méthodes choisies doivent fournir
un cadre facilitateur pour la confrontation de points de vue différents, voire
contradictoires.
Le choix de prestataires extérieurs
Les collectivités territoriales ont fréquemment recours à des cabinets de
consultants spécialisés pour la conception et l'animation de démarches
participatives. Ainsi, dans le cas des Agendas 21 locaux, 70 % des collectivités
déclarent avoir eu recours à un bureau d'études, principalement au moment du
diagnostic (76 %) et de la stratégie (64%) (Observatoire National, 2009). L'étude
des caractéristiques des cabinets de consultants mobilisés (ETD, 2004) témoigne
de l'importance des petites structures, le plus souvent généralistes. L'intervention
de prestataires extérieurs peut se justifier pour plusieurs raisons : manque de
moyens humains ou de compétences en interne, nécessité de tiers médiateurs,
etc. Un dialogue étroit doit cependant s'établir avec ces prestataires afin que les
agents des collectivités ne soient pas dépossédés d'un droit de regard sur les
démarches utilisées et de la possibilité d'apprendre à partir de ces expériences.
Les cadres théoriques et méthodologiques mobilisés par ces professionnels de la
concertation sont en effet assez divers. Un processus de professionnalisation est
en cours, qui se traduit chez ces prestataires par la mutualisation des expériences,
l'acquisition de compétences par la formation et une certaine spécialisation. Des
associations et des réseaux, comme l'Institut de la Concertation promeuvent
une réflexion partagée entre consultants, agents de collectivités territoriales,
entreprises, élus et chercheurs sur des sujets d'intérêt commun, comme les
questions de méthode mais également de déontologie.
L'INSTITUT DE LA CONCERTATION
L'Institut de la concertation est un réseau national de personnes travaillant dans
le champ de la participation citoyenne, du débat public, de la gestion collective
des ressources ou de la gouvernance des politiques publiques. Constatant que les
dispositifs de concertation se multiplient sous l'effet des injonctions réglementaires et
de l'attente des acteurs sociaux, il appelle de ses voeux de véritables espaces de débat
social et de co-construction de projets. Pour cela, l'Institut de la Concertation suscite
des échanges sur les pratiques en créant des espaces de dialogue entre chercheurs et
praticiens, mène une réflexion sur la formation des professionnels et interroge l'action
publique sur l'appui à la concertation. Praticiens, chercheurs ou commanditaires,
ses membres exercent leur activité au sein de cabinets de conseil, d'organismes de
recherche, de centres de formation, d'associations, de collectivités territoriales et
d'entreprises publiques ou privées, dans des domaines comme l'aménagement du
territoire, l'environnement, la ville, la maîtrise des sciences et des techniques. Institut
de la Concertation : www.concerter.org
Le mode de délibération : recherche ou non du consensus ?
Certains processus participatifs se donnent pour objectif de susciter une
confrontation de points de vue afin de faire émerger des idées nouvelles, sans
nécessairement rechercher un accord entre participants. Cela peut se justifier
dans la mesure où l'échange d'opinions enrichit la pensée de chacun et où les élus
peuvent trouver dans ce bouillonnement de propositions matière à inspirer ou
réorienter leurs projets. D'autres invitent les participants à trouver des accords,
dans le but de « co-construire » des projets qui seront ensuite mieux appropriés
et respectés par eux. Il peut s'agir aussi de leur faire prendre conscience de la
difficulté à laquelle se heurtent de nombreux élus de concilier des points de vue
divergents et de trouver des compromis. Dans l'un et l'autre cas, les méthodes
d'animation diffèrent sensiblement. On comprend aisément que le second objectif
soit plus ambitieux, qu'il suppose de mobiliser les participants le plus en amont
possible ou qu'il faille créer un climat d'écoute et de respect mutuel en dépit des
divergences d'intérêts. Il est également nécessaire de se donner des objectifs
réalistes. Certains auteurs par exemple proposent de considérer le consensus,
non pas comme un accord de tous sur tout, mais comme un accord d'une « très
large majorité » sur « une solution acceptable » (Duzert et al., 2009). Ainsi conçu,
le consensus paraît plus réaliste que dans le langage courant. Il se construit
progressivement, nourri par les efforts des participants et par le savoir-faire de
l'animateur, mais également par des méthodes inspirées de la médiation ou de la
facilitation, auxquelles les animateurs peuvent se former.
La difficulté à faire participer les élus
Parmi les problèmes de mobilisation, celui qui est à la fois le plus universel et le
plus crucial porte sur la difficulté à mobiliser les élus. L'origine de ce déficit de
représentation des élus dans les instances participatives est plurielle. Il peut