LES DERMESTIDAE (Dermestes, Anthrènes, Attagènes, Trogodermes...)

Qui et combien sont-ils
 
Les Dermestidae (l’une des 211 familles de l’ordre des Coléoptères) regroupent des espèces de taille moyenne à petite (1 à 14 mm), de teinte généralement sombre, bien que fréquemment, le thorax et les élytres soient pourvus, sur le dessus, de touffes de poils ou des bandes de soies ou d’écailles plus ou moins vivement colorées.

Ces insectes sont bien connus depuis la plus haute antiquité car plusieurs espèces (la plupart cosmopolites) sont des ravageurs aussi bien de nos denrées et produits dérivés entreposés, d’origines animale ou parfois végétale, que d’une multitude de produits manufacturés ou de valeur patrimoniale (cuirs, peaux, laines, fibres, livres, archives, collections en tout genre).

Cette famille compte actuellement 45 genres et environ 1200 espèces ; en France on en connaît 86 espèces réparties dans 17 genres.
La plupart des espèces qui composent cette famille appartiennent aux genres Anthrenus, Attagenus, Dermestes et Trogoderma, ces 4 genres regroupent à eux seuls 60 des 86 espèces françaises et 27 des 36 espèces domicoles (1) d’intérêt économique.
 
En milieu urbain les Dermestidae, en particulier les Dermestes spp., sont très fréquents dans les nids de pigeons et ce sont les adultes issus ou vivants dans ces nids qui sont à l’origine d’infestation dans nos lieux patrimoniaux.

Comment les reconnaitre 

Parmi les coléoptères, les imagos de Dermestidae se reconnaîtront aux caractères morphologiques suivants :

          - Antennes courtes, avec généralement une massue antennaire compacte de 3 à 8 articles ; elle est de forme variable et peut à elle seule permettre de caractériser les genres et certaines espèces, voire même le sexe.

          - Tête généralement peu visible, elle est en partie cachée par le pronotum. 

          - Hanches postérieures transverses, peu écartées et dilatées antérieurement en une lame étroite ; de plus, elles sont excavées pour recevoir, au repos, les fémurs.
             Hanches antérieures contigües.

          - Les tarses sont pentamères, c'est-à-dire qu'ils possèdent tous 5 articles.
 
Les tableaux d’identifications inclus dans cette base permettront de déterminer les 9 genres et les 33 espèces françaises domicoles, nuisibles ou potentiellement nuisibles.   
 

Exemples d’antennes caractéristiques des principaux genres de Dermestidae.

 

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Dermestes
peruvianus
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Dermestes
frischi
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Attagenus unicolor
(mâle et femelle)
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Anthrenus
pimpinellae
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Anthrenus
verbasci
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Trogoderma
versicolor

Les hanches postérieures sont transverses et excavées pour recevoir, au repos, les fémurs, ce qui n’est pas le cas chez les Bostrichidae; par ailleurs, elles sont peu éloignées (presque contiguë) et dilatées supérieurement en une lame étroite.

Les tarses sont pentamères, c'est-à-dire qu'ils ont tous 5 articles. La plupart des espèces qui composent cette famille appartiennent aux genres Anthrenus, Attagenus et Dermestes, ce sont aussi des espèces de ces 3 genres qui sont le plus fréquemment rencontrées dans les institutions muséographiques.

Le genre Anthrenus se différencie facilement des deux autres du fait que le corps des adultes est recouvert d’écailles. Les genres Attagenus et Anthrenus possèdent un ocelle médian, inséré au milieu du front, cet ocelle est absent chez les toutes les espèces de Dermestes.

 

Habitus des 3 principaux genres de Dermestidae présents dans les lieux patrimoniaux

 

Genre Attagenus
Genre Attagenus
Attagenus unicolor
Genre Anthrenus
Genre Anthrenus
Anthrenus verbasci
Genre Dermestes
Genre Dermestes
Dermestes undulatus


Détail de l'ocelle pour le genre Anthrenus (flèche) absent chez le genre Dermestes (à droite)

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Anthrenus verbasci

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Dermestes peruvianus

Parmi les autres espèces domicoles1, Thylodrias contractus (cf. fiche) diffère radicalement des autres genres et espèces par sa morphologie particulière. En effet, l’adulte male possède des antennes filiformes non terminées en massue, un corps allongé et des pattes grêles tandis que la femelle est aptère et trapue, ressemblant plutôt à une larve.

1- Qualifie, en particulier, des insectes qui ont élu domicile dans nos maisons, bâtiments, entrepôts, usines, musées,…certains sont même devenus anthropophiles.
 
 
Enfin cette famille est composée d’autres genres de moindre importance, dont certains comprennent des espèces domicoles présentent en France, mais qui vivent surtout dans des régions chaudes et tropicales du globe (Anthrenocerus australis Hope, Megatoma undata Linnaeus, Phradonoma villosulum Duftschmidt, Reesa vespulae Milliron et Sefrania bleusei Pic).
Ces espèces qui sont occasionnellement présentent dans des  institutions muséographiques font toutes, ici, l'objet de fiches de présentation.

Note : pour déterminer ces espèces des lieux patrimoniaux et pour accéder aux fiches spécifiques, reportez-vous à la clé visuelle d'identification des Dermestidae.
 
Les larves de la plupart des espèces de Dermestidae présentent, à l'extrémité abdominale, des touffes de poils (ils sont longs et simples chez les Attagenus, lancéolés chez les Anthrenus), ou des crochets (urogomphes) chez les Dermestes.
Une autre caractéristique de cette famille est que les dépouilles larvaires (exuvies) restent intactes et entières après la mue (dépouilles que l’on retrouve sur ou dans les matériaux et produits infestés) de sorte que l'identification générique ou spécifique est habituellement possible à partir de ces restes.

De quoi et comment vivent-ils :

Les Dermestidae (ou mangeurs de peaux) sont originellement carnivores ou nécrophages, ils vivent  aux dépens de cadavres frais ou desséchés.
Leurs larves se nourrissent de toutes sortes de matières organiques d’origine animale (chaires,  poils, plumes, cornes, soie, laine,…).
Dans la nature, adultes et larves se trouvent, préférentiellement sur ou dans les cadavres de mammifères et d’oiseaux, mais souvent aussi dans les nids d’oiseaux, de petits rongeurs ou ceux des chenilles et des hyménoptères, parfois dans les galeries d’autres insectes (Anobiidae).

Certaines espèces à régime plutôt phytophage, comme des Anthrenus spp ou des Attagenus spp et surtout les Trogoderma spp, consomment des graines et diverses denrées alimentaires d’origine végétales (arachides, coprah,… ex. Trogoderma granarium  Everts). La plupart des adultes de Dermestidae n’ont pas le même régime alimentaire que leurs larves et ne sont pas directement nuisibles (voir ci-dessous, le chapitre « Importance économique » certains comme les Anthrenus spp. sont floricoles et se nourrissent de pollen et de nectar, d’autres vivent sous les écorces,…

Les Dermestidae présentent plusieurs particularités biologiques dont l’allongement du nombre de stades larvaires de sorte que leur développement peut demander de nombreux mois, voire plusieurs années si le milieu nutritif est inadapté.
Par ailleurs, des cas de parasitisme, de prédation, de parthénogenèse, de xénophilie (association plus ou moins étroite avec d’autres insectes ou des vertébrés) ou de néoténie (persistance chez l’imago des caractéristiques larvaires) ont été observés chez beaucoup d'espèces.

Importance économique

Les Dermestidae domicoles peuvent s’avérer nuisibles d’une part par leurs dégâts directs imputables surtout aux larves et d’autre part par leurs dégâts indirects dus aussi bien aux larves qu’aux adultes.
Concernant les dégâts directs, leur importance économique est étroitement liée à la valeur marchande, patrimoniale ou culturelle des matériaux attaqués ou consommés.
Ainsi une même espèce peut s’avérer insignifiante ou sans incidence dans un cas et se montrer extrêmement préjudiciable dans d’autres cas. 

Il y a donc lieu d’analyser localement chaque situation en fonction de la ou des espèces en cause et de leur population, mais aussi des matériaux, produits, denrées et objets susceptibles d’être exploités par les Dermestidae.

Rappelons que ces insectes sont essentiellement des consommateurs de cadavres et dépouilles d’animaux (vertébrés et invertébrés) et se rencontrent préférentiellement sur ou dans les cadavres de mammifères et d’oiseaux, mais souvent aussi dans les nids d’oiseaux, de petits rongeurs ou encore ceux des insectes.

Les Dermestidae sont parfois présents dans les lieux patrimoniaux, les entrepôts, les usines,… et se montrent très discrets, évoluant, essentiellement dans des endroits peu fréquentés et peu nettoyés (caves, greniers, appareils de climatisation,…).
Là ils vivent aux dépens de cadavres de rats ou de souris ou de débris et de restes (peaux, plumes, poils,…) présents dans un simple nid de pigeons ou de guêpes,…

Ces endroits doivent être régulièrement inspectés et nettoyés ; ces mesures prophylactiques élémentaires visent à éliminer toutes sources d’alimentation pouvant être à l’origine d’un foyer d’infestation ; elles sont en général efficaces.

Les dégâts indirects sont ceux provoqués par les larves lors de la recherche de sites de nymphose ou par les adultes lors de leur émergence.
A cette occasion larves et adultes sont capables de perforer, tarauder et creuser toutes sortes de matériaux, revêtement,… (lambris, liège, bois, plâtre, polystyrène expansé,…) faisant obstacle à leur progression.
Certaines espèces du genre Dermestes (ex. D. maculatus) ont ainsi causé de gros dégâts à des matériaux isolants dans des poulaillers ou dans des porcheries.

Importance médicale et vétérinaire

Les larves des Dermestidae sont généralement fortement poilues ; ces poils se cassent fréquemment (surtout si les larves sont très nombreuses dans un même substrat) et se dispersent facilement dans l’atmosphère. Ils peuvent être à l’origine d’allergies respiratoires de type rhinite.

Dans le domaine de l’entomologie appliquée à la médecine légale (entomologie forensique), les Dermestidae sont d’une façon générale peu fiables pour la datation de la mort, une même espèce pouvant exploiter ou être attirée par un cadavre à différentes périodes de sa momification.

Des Dermestes (ex. D. ater) sont les principaux hôtes intermédiaires de cestodes (ce sont des vers plats parasites) du genre Raillietina. Les volailles, pigeons et certains oiseaux se contaminent en consommant les Dermestes porteurs de vers et attrapent ainsi une helminthose appelée téniasis aviaire.

Enfin signalons qu’autrefois, dans le domaine de la muséologie, on utilisait fréquemment les Dermestes pour nettoyer les squelettes d’animaux destinés à être présentés au public ; en effet les larves des Dermestidae dévorent tout sauf les os.




 

Habitus de quelques larves de Dermestidae présents dans les lieux patrimoniaux

 

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Anthrenus
species

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Sefrania
bleusei

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Dermestes
species

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Trogoderma
species

 

Site mis à jour le mardi 1 juillet 2014, à 16:03

Responsable de publication : Roland May